Nichée à Hillerød, à moins d’une heure au nord de Copenhague, se dresse une merveille architecturale qui captive dès le premier regard. Le château de Frederiksborg, fièrement installé sur trois îlots du lac Slotssøen, détient le titre de plus grand complexe de la Renaissance de toute la Scandinavie. Lors de notre road trip, nous y avons passé une demi-journée mémorable en famille. Entre anecdotes historiques croustillantes, ateliers pour les enfants et conseils pratiques pour les voyageurs itinérants, voici notre carnet de bord complet pour préparer votre visite.
L’approche et la perspective depuis les jardins baroques
Pour amorcer cette journée, nous avons choisi une option stratégique. Arrivés la veille en camping-car, nous nous sommes stationnés tout au bout du grand jardin baroque. Ce choix offre un double avantage non négligeable : le stationnement y est totalement gratuit et l’environnement s’avère parfait pour passer une nuit au calme.
Le lendemain matin, le trajet à pied menant jusqu’au château s’est transformé en une véritable promenade contemplative. Le parcours offre un panorama exceptionnel et progressif sur les façades de briques rouges et les toits en cuivre du domaine. Actuellement, le château subit d’importants travaux de rénovation et de restauration, notamment sur les sculptures de ses façades. Bien que quelques échafaudages soient visibles, cela n’enlève rien à la majesté du site et permet d’expliquer aux enfants l’importance de la préservation du patrimoine.

Un incendie dévastateur et une renaissance inattendue
L’histoire de Frederiksborg est marquée par un événement tragique qui a failli causer sa perte définitive. Durant la nuit glaciale du 16 au 17 décembre 1859, alors que le roi Frédéric VII séjournait sur place, un incendie s’est déclaré à cause d’un système de chauffage mal maîtrisé. Les flammes ont rapidement dévoré la majeure partie des intérieurs, ne laissant par endroits que les murs extérieurs en briques.
Heureusement, la structure de la chapelle et la salle d’audience ont été miraculeusement épargnées. Face à cette tragédie nationale, l’élan de solidarité qui a suivi fut extraordinaire. J.C. Jacobsen, le célèbre fondateur des brasseries Carlsberg, décida de financer une grande partie de la reconstruction sur ses fonds privés. Son ambition ? Redonner vie au monument en le transformant en Musée d’Histoire Nationale.

Pour recréer les fastes d’antan, les artisans danois ont dû réapprendre des savoir-faire oubliés. C’est ainsi qu’un groupe de liciers danois est parti se former à Paris, au sein de l’illustre manufacture des Gobelins, afin de maîtriser les techniques de tissage nécessaires. Ce chantier colossal a demandé une patience infinie : il aura fallu pas moins de trente ans de travail acharné pour refaire entièrement les monumentales tapisseries du château.
Décoder les plafonds : une dynastie gravée dans la pierre et le bois
En parcourant les innombrables salles du musée, un jeu s’installe naturellement avec les enfants : lever les yeux pour décoder les mystérieux monogrammes sculptés et dorés sur les plafonds et les murs.
Vous y croiserez une véritable lignée de souverains qui ont marqué les lieux. Si le château porte le nom de Frédéric II (F2), qui acheta le domaine initial en 1560, c’est son fils, le célèbre Christian IV (C4), né ici-même, qui fit raser l’ancien manoir pour bâtir le somptueux palais actuel au début du XVIIe siècle. Mais la dynastie ne s’arrête pas là : au fil des pièces, on s’amuse à repérer les chiffres des rois chrétiens qui se sont succédé, comme Frédéric IV (F4) ou Christian d’Oldenbourg. Ces lettres entrelacées agissent comme des repères temporels tout au long de la visite.

L’histoire royale s’inscrit d’ailleurs jusqu’à nos jours. C’est au Danemark que s’est déroulé un événement historique rare : l’abdication de la reine Margrethe II en faveur de son fils, le roi Frederik X. Fait unique dans l’histoire moderne du pays, elle est la seule reine à avoir choisi de céder son trône de son vivant de cette manière, ouvrant un nouveau chapitre de la lignée royale.
Une ascension temporelle à travers les visages de l’histoire
Le château abrite la plus grande collection de portraits du pays, et la scénographie réserve une très belle surprise. Le voyage à travers le temps se calque précisément sur l’architecture du bâtiment : plus on grimpe les étages, plus on avance dans les siècles. On commence l’exploration au Moyen Âge et à la Renaissance aux niveaux inférieurs, pour terminer tout en haut avec l’art contemporain et les visages du Danemark moderne.
C’est un excellent support pédagogique pour les enfants. Nous nous sommes amusés à observer cette chronologie verticale à travers l’évolution des styles vestimentaires. Les collerettes monumentales, appelées fraises, enserrant le cou des nobles du XVIIe siècle, ainsi que les robes bouffantes aux dimensions géométriques improbables, ont suscité beaucoup de questions et de rires.

Nos trois coups de cœur insolites à l’intérieur du château
Il faut compter au minimum trois heures pour explorer l’intérieur tant le musée est dense. Trois espaces ont particulièrement retenu notre attention par leurs détails surprenants.
1. La Chapelle Royale et le mystère des éléphants
Épargnée par l’incendie, la chapelle est un choc visuel. Entre les dorures étincelantes et l’orgue historique monumental en argent et ivoire, on ne sait plus où regarder. Les murs sont recouverts de centaines de blasons colorés. En y regardant de près, on y découvre de petites sculptures d’éléphants. Il s’agit d’un clin d’œil direct à l’Ordre de l’Éléphant, la plus ancienne et la plus haute distinction honorifique du Danemark.

2. Le Grand Cabinet Astronomique et son murmure mécanique
Dans l’une des pièces se trouve une merveille d’ingénierie mécanique : l’horloge astronomique de Groß, datant de 1554. Ce cadran complexe ne se contente pas de donner l’heure ; il indique les mouvements des astres, les phases de la lune et le calendrier. Si vous avez la chance de visiter la salle un jour de faible affluence, tendez l’oreille : lorsque la pièce devient totalement silencieuse, on peut distinctement entendre le tic-tac discret et régulier de son mécanisme séculaire qui continue de tourner.

3. La salle d’audience et la trappe secrète du roi
La salle d’audience baroque présente une particularité architecturale fascinante. Conçue pour que le souverain reçoive ses sujets en toute majesté, la pièce ne dispose que d’une seule grande entrée officielle bien gardée. Pourtant, en cas d’attaque ou de mutinerie, le roi n’était pas pris au piège. Christian V y fit installer un ingénieux système de fauteuil-ascenseur mécanique en 1692. Dissimulé dans le sol, ce mécanisme permettait au roi de s’éclipser discrètement vers les étages inférieurs et de quitter le château en toute sécurité. Le plus incroyable ? Ce mécanisme d’époque fonctionne encore bel et bien aujourd’hui.

L’exposition de tapisserie : quand les enfants deviennent artisans
Actuellement, le musée met à l’honneur l’art du tissage à travers une exposition dédiée aux tapisseries de la Grande Salle. En écho à l’histoire des liciers partis se former à Paris, l’exposition propose une dimension interactive très réussie.
Un espace atelier est mis à disposition des visiteurs, permettant aux petits comme aux grands de s’essayer concrètement au maniement des fils sur des métiers à tisser. Les enfants ont adoré apporter leur propre contribution à une œuvre textile collaborative. C’est une excellente initiative qui permet de faire une pause ludique et manuelle au milieu d’une longue visite historique.

Les extérieurs : cascades, fontaines et pause au bord de l’eau
Après trois heures d’exploration intérieure, les jardins offrent une bulle d’air frais indispensable. Le parc se divise en deux styles : le jardin romantique à l’anglaise avec ses sentiers sinueux, et le spectaculaire jardin baroque créé en terrasses. Les enfants ont beaucoup apprécié le spectacle de la grande cascade qui s’écoule par paliers successifs et la symétrie parfaite des fontaines.
Pour la pause déjeuner, nous avons repéré un charmant restaurant installé en plein air à côté du lac, doté de nombreuses tables et chaises. Une carte est affichée à l’extérieur pour faire son choix. C’est l’endroit idéal pour s’installer et profiter d’un repas ou d’un rafraîchissement face à l’une des plus belles vues du pays.

Quelques informations pratiques pour organiser votre visite
Pour planifier votre venue en toute sérénité, voici un point sur les aspects logistiques du domaine. Côté budget, l’entrée pour un adulte est au tarif de 110 DKK, soit environ 15 euros, tandis que les étudiants et les seniors bénéficient d’un tarif réduit à 90 DKK. Le point fort pour les budgets familiaux reste la gratuité totale accordée aux enfants et jeunes de moins de 18 ans.
Si vous voyagez comme nous en camping-car, nous vous conseillons de viser le fond du jardin baroque. Le stationnement y est gratuit, très calme pour la nuit, et la marche pour rejoindre le château à travers le parc est un enchantement.
Une fois sur place, le confort des visiteurs est bien pensé. Des casiers vestiaires entièrement gratuits sont mis à disposition à l’entrée pour déposer les manteaux et les sacs à dos encombrants. Il suffit de choisir un code personnel à quatre chiffres pour les verrouiller. Enfin, concernant l’accessibilité, bien que nous ne l’ayons pas utilisé nous-mêmes, sachez qu’un ascenseur est visible et permet de desservir les différents niveaux du bâtiment, facilitant ainsi la visite pour les poussettes ou les personnes à mobilité réduite.

Le château de Frederiksborg combine à la perfection la beauté d’un monument historique et l’accessibilité d’un musée moderne pensé pour toute la famille. Si votre road trip vous mène du côté de Copenhague, l’arrêt à Hillerød est une étape incontournable.
Pour en savoir plus sur le Château de Frederiksborg :


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