Lors de notre traversée de la Lettonie, nous avons fait une halte fascinante dans la réserve naturelle de Pape (Papes dabas parks). Étendue sur plus de 10 000 hectares au bord de la mer Baltique, cette zone protégée abrite un lac cône, des marécages, des dunes et surtout une immense plaine où vivent en liberté des espèces sauvages hors du commun.
Un projet visionnaire et autrefois jugé « marginal »
À la fin des années 1990, le WWF a lancé un pari fou : introduire de grands herbivores sauvages dans la région de Pape pour qu’ils entretiennent naturellement le paysage et empêchent la forêt d’envahir les prairies humides. En 1999, les premiers chevaux sauvages sont arrivés. À l’époque, laisser ces animaux vivre en autonomie totale était perçu comme une idée farfelue et marginale. Plus de 25 ans plus tard, le succès est incontestable : la biodiversité y est repartie de plus belle !

L’écosystème fascinant des chevaux sauvages
Aujourd’hui, le parc compte environ 70 chevaux de race Konik Polski. Les observer de près avec le ranger nous a permis de comprendre le fonctionnement fascinant de leur troupeau :
- La vie en clan : Les chevaux vivent organisés en petites familles (la plus grande compte 11 membres). Aujourd’hui, seuls 4 étalons solitaires restent en marge. Il y a quelques années, ils étaient encore 25 ! Ces 4 étalons sont régulièrement chassés par les chefs de famille pour éviter qu’ils ne s’approchent des juments.
- La mémoire du territoire : Les chevaux ont une excellente mémoire et se déplacent selon leurs envies vers des zones précises : les terrains de sable pour se délasser, la zone humide pour s’abreuver, ou les prairies riches en herbe et en trèfle pour manger.
- Un langage corporel à connaître : Contrairement aux poulains qui se couchent facilement dans l’herbe pour se reposer, un cheval adulte reste presque toujours debout. En milieu sauvage, un cheval adulte couché est généralement un animal malade ou en fin de vie.
- La boucle de la nature : Rien ne se perd ! Le crottin de cheval est rapidement colonisé et décomposé par une foule d’insectes. Il ne reste très vite qu’une matière organique proche de l’herbe qui fertilise le sol, aide la végétation à repousser, et alimente à nouveau les chevaux. La boucle est bouclée !
Habitués à la présence ponctuelle des humains sous la supervision du ranger, les chevaux se laissent approcher à quelques mètres à peine. Autant dire que Margaux était aux anges : passionnée de chevaux, elle n’en avait pas approché depuis le début de notre grand voyage !

Les Aurochs : les géants pacifiques de la plaine
Au milieu des chevaux paissent également des aurochs (ou bœufs d’Heck, une race reconstituée pour retrouver les caractéristiques de l’ancêtre sauvage du taureau, disparu au XVIIᵉ siècle).
Leur comportement est très différent de celui des chevaux :
- Plus sauvages et solitaires : Les aurochs ne vivent pas en familles soudées. Ils sont plus éparpillés dans la plaine, même s’ils restent souvent à proximité du groupe global.
- Les rois de la rumination : Contrairement aux chevaux, les aurochs passent une grande partie de leur temps paisiblement couchés au sol pour ruminer.
Pour approcher le groupe mixte en toute sécurité, le ranger nous a fait arriver par le côté des chevaux, plus calmes et familiers avec l’homme.

Une biodiversité exceptionnelle
Pape n’est pas seulement le royaume des grands herbivores. En le traversant, le parc offre un spectacle permanent pour les amateurs d’oiseaux et de nature. Au-dessus du lac et des marécages, nous avons pu observer des cormorans séchant leurs ailes, le vol majestueux d’aigles survolant la plaine, et même un héron blanc dressé sur ses longues pattes au milieu de la végétation.

Au cours de notre marche, le ranger nous a aussi expliqué le rôle des oiseaux dans l’écosystème : en se nourrissant des fruits des arbres fruitiers sauvages du sentier, ils disséminent les graines un peu partout dans leurs fientes. Résultat, de nouveaux arbres fruitiers poussent désormais un peu partout au cœur de la forêt !
En ouvrant l’œil, nous avons aussi appris à repérer les traces discrètes de la faune locale : le sol gratté par les animaux sauvages, les différentes empreintes ou encore les caractéristiques des crottes d’herbivores.
Infos pratiques
- Accès & Réservation : Pour entrer dans la zone protégée et approcher les animaux, il est obligatoire d’être accompagné d’un ranger. Les visites ont lieu en été à 11 h 00 et 14 h 00 et durent théoriquement entre 1 h et 1 h 30 (notre guide passionné nous a accordé près de 2 h sur place !). La visite prend la forme d’une boucle facile d’environ 2 km qui traverse tour à tour des sous-bois de forêt et de vastes plaines humides.
- Réservation par SMS : Vous devez obligatoirement envoyer un SMS au ranger au +371 29224331 (Ints) pour planifier votre venue.
- Tarifs : 6€/adulte, 4€/enfant, 10€ le pass famille (jusqu’à 2 adultes et quel que soit le nombre d’enfants !). Paiement sur place en espèces ou par carte bancaire.
- Équipement : Prévoyez impérativement de bonnes chaussures de marche (le terrain en zone humide et en forêt peut être inégal ou détrempé), du produit anti-moustiques et de quoi vous protéger du soleil dans la plaine.


Laisser un commentaire